Quand les femmes ont droit à la parole, la part du budget consacrée à la santé et à l'éducation augmente.
Les inégalités entre hommes et femmes favorisent la pauvreté : rien de nouveau sous le soleil des pays en développement. Ce qui est nouveau, en revanche, dans le rapport annuel de l'Unicef rendu public lundi 11 décembre, c'est le constat qui démontre que quand les femmes peuvent influer sur les décisions économiques du foyer, la famille a plus de chances de briser le cycle de la pauvreté que quand l'homme est le seul à exercer ce pouvoir.
Pour ce document, (« Etat de l'enfance dans le monde 2007/Femmes et enfants, les doubles dividendes de l'égalité des sexes »), l'organisation des Nations unies pour l'enfance a analysé les résultats d'études menées dans trente pays en développement. Dans seulement dix de ces trente pays, observe l'Unicef, les femmes peuvent intervenir dans les décisions du ménage, y compris celles qui concernent les dépenses du foyer. Or, le père et la mère ont en général des priorités différentes.
Dans le processus de négociation au sein de l'unité familiale, l'expérience montre que lorsque les mères ont droit à la parole, la part du budget familial consacrée à la santé et à l'éducation des enfants augmente. La plupart des économistes considèrent que l'amélioration de la santé et l'accès à l'éducation sont des instruments essentiels dans la lutte contre la pauvreté.
« Dans les familles où les femmes sont les principaux décideurs, la proportion des ressources consacrées aux enfants est nettement plus importante que dans celles où les femmes ont un rôle mineur », affirme le rapport. En Côte d'Ivoire et au Ghana, on a ainsi constaté que quand le revenu des femmes augmente, le surplus est utilisé pour améliorer l'alimentation de la famille, ce qui n'est pas le cas quand c'est le revenu des hommes qui augmente. Or dans le monde en développement, un enfant sur quatre avant l'âge de 5 ans souffre de sous-alimentation.
Une enquête menée dans trois régions du monde (Amérique latine/Caraïbes, Asie du Sud et Afrique subsaharienne) par l'Institut international de recherche sur la politique de l'alimentation, dont l'Unicef a utilisé les travaux, établit un lien très clair entre la nourriture dont disposent les enfants et le pouvoir de décision des mères. Les chercheurs ont donc calculé que si les hommes, en Asie du Sud, partageaient avec leur épouse le pouvoir de décision économique, le nombre d'enfants de moins de 3 ans sous-alimentés pourrait être réduit de 13 %, soit 13,4 millions d'enfants.
Le pouvoir aux femmes ? L'économiste Muhammad Yunus, qui vient de se voir attribuer le prix Nobel de la paix, a déjà mis cette thèse en application : parmi les habitants du Bangladesh auxquels sa banque, la Grameen Bank, a prêté de l'argent, 96 % sont des femmes car, dit-il, « les femmes ont un meilleur comportement économique ».
Sylvie Kauffmann le monde du 12 décembre 2006
Aucun commentaire pour cet article
Derniers Commentaires