a - Historique de la formation des quartiers nord de Marseille
Michel ANSELME, sociologue, dans son livre du "Bruit à la parole" nous présente une thèse qui tend à affirmer que "ce qui se joue dans les quartiers est pour l'essentiel, l'enracinement progressif de population dont la légitimité urbaine – c'est à dire la légitimité à être là, à faire souche, à marquer l'espace de son sceau – est contestée et que cet enracinement prend des formes particulières, eu égard à la place que ces populations occupent dans l'espace social marseillais".
Il faut situer ces quartiers : les quartiers nord, c'est le terme générique pour désigner les 13° 14°, 15° et 16°arrondissements de la ville de Marseille.
Ils regroupent 30% de la population marseillaise. Ces arrondissements sont très hétérogènes. Ils se composent d'anciens noyaux villageois (111 noyaux villageois dans tout Marseille), de zones pavillonnaires dont certaines datent de l'entre deux guerre, et de cités HLM (habitation à loyer modéré).
Entre 1962 et 1975, les 13°, 14° et 15° arrondissements vont connaître un accroissement de population qui représente la moitié de la croissance démographique que connaît la ville à ce moment là;
L'essentiel de ces nouveaux habitants qui gagnent ces arrondissements va se loger dans les cités HLM dont la construction est ininterrompue depuis 1958 et qui surgissent au milieu d'anciennes propriétés délaissées, en plein champ. C'est le cas de la cité "La Marie" qui a pris le nom de la propriété "La Marie" et dont le centre social actuel est lui-même installé dans une maison de maître d'époque au cœur des constructions en béton;
Les années 60 on vu interpénétrer à Marseille plusieurs processus que Michel ANSELME nous décrit:
- Le déficit de logements et plus encore de logements sociaux lié en partie à ce déficit, existe sur la commune une masse croissante de familles qui logent dans de mauvaises conditions, logements dégradés et bidonvilles;
-Déplacement de populations du centre ville vers ces arrondissements à cause d'opérations d'urbanisme;
-L'arrivée massive des rapatriés d'Afrique du Nord dont près de 10% s'arrêtent à Marseille.
Pendant longtemps et même encore aujourd'hui être de Marseille, c'est être d'un quartier (noyau villageois) L'émergence des grands ensembles a bouleversé les modes d'identification à ces micro territoires.
Est représentée dans ces quartiers une population hétérogène composée de plusieurs vagues d'immigration :
§ Les Vieux marseillais issus du centre ville et arméniens, corses, espagnols et italiens;
§ Les rapatriés d'Afrique du nord dont un tiers réside dans les 13°, 14° et15° arrondissements.
§ Les familles de nationalités maghrébines.
Au contraire, au niveau socioéconomique toutes ces populations sont homogènes : les catégories d'ouvriers et d'employés dominent.
Un phénomène d'homogénéisation est actuellement à l'œuvre, un processus de préconisation économique même dans les cités HLM, qui souligne l'hétérogénéité des années de départ.
On peut dire qu'il reste actuellement deux traces marquantes et liées dans ces cités HLM:
-une population présente dans les cités depuis leurs créations;
-un discours des classes moyennes qui sont parties de ces cités HLM : un mythe;
..."les couches moyennes sont parties, leur départ est synonyme, coïncide avec la dévalorisation de ces quartiers, leur retour sera la preuve de l'amélioration de la situation..."
L'envers des couches moyennes parties, se sont les populations qui sont restées, les populations "captives" pour certains.
..."Pour d'autres, reconnaître dans la durée d'occupation croissante des logements par certaines catégories de population autre chose que de simples phénomènes de captivité, c'est accepter d'y voir des processus d'enracinement et permettrait d'analyser et de comprendre les formes prises par des logiques d'appropriation du territoire, de l'espace, d'en percevoir les stratégies de recomposition d'en cerner les traits d'évolution. Le penser comme illégitimes, c'est s'interdire de comprendre ce qui se passe...".
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De la communauté de parenté à la communauté de sol, à la citoyenneté
Dans la cité "La Marie", tout comme dans les cités HLM des 13°, 14° et 15° arrondissements, les populations présentent sont:
-Les personnes âgées ayant trouvé dans la cité des conditions d'habitat et de confort;
-Les familles étrangères de la première génération qu'ont elles aussi accédé à un meilleur logement;
-Les enfants de ces "anciens installés" qui résident à la Marie et qui ne sont pas partis ailleurs;
-Les petits enfants de ces "anciens installés" qui accèdent au logement, ont des enfants en bas âge dont beaucoup se marient entre voisins.
Dans ce cas de figure, on voit que le logement est plus qu'un toit, ce quartier est devenu au fil du temps un espace privilégié protecteur, lieu de relations, d'échanges, de reconnaissance.
Dans cette étude, nous pouvons décrire un processus d'enracinement spatial des populations issues des différents vagues d'immigration et leur affiliation progressive de plus en plus marquée à des réseaux de socialisation allant de la communauté de parenté, la famille, à la communauté de sol pour accéder in fine à la citoyenneté assumée.
Nous pouvons décrire ce processus dans les tableaux suivants et nous allons voir que les personnes interrogées semblent avoir suivi et suivent aujourd'hui encore le même processus parallèle de sédentarisation, enracinement et de socialisation des réseaux de sociabilité primaire aux réseaux de sociabilité secondaire.
On peut voir à travers les trajectoires de chacune des communautés représentées dans cette étude que plus le temps passé sur le territoire du pays d'accueil est long et situé dans le même quartier d'affiliation, plus il est facile de s'intégrer progressivement des réseaux de sociabilité primaire aux réseaux de sociabilité secondaire.
Nous voyons que le Maire de secteur occupe une place de leader politique sur le territoire, son immigration familiale arménienne date de trois générations; la directrice du centre social occupe une place de leader institutionnel sur le territoire, son immigration familiale pieds noirs date de deux générations, l'élue et responsable associative occupe une place de leader associative et construit sa place de leader politique et a vécu son immigration familiale marocaine par le regroupement familial
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Communauté de parenté =>
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Communauté de sol=>
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Communauté nationale
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TRADITIONS FAMILIALES=>
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COMMUNAUTE DE SOL=>
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COMMUNAUTE NATIONALE
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PAYS D'ORIGINE=>
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PAYS D'ACCUEIL=>
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NATION
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Membre de la famille=>
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Membre associatif=>
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Citoyen
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Vie familiale=>
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Vie associative=>
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Vie politique
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Culture
Traditions
culte
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Culture du réseau
Traditions interculturelles
Collectifs d'associations
Activités partagées,
foot, rap, chants
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Culture républicaine
Traditions des droits de l'homme et du citoyens
Le Contrat Social
Les lois
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CONDITIONS DU BON DEROULEMENT DE CE PROCESSUS
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-connaître son parcours familial
-avoir une identité d’origine construite
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-temps passé sur le territoire
-organisation politico institutionnelle et géographique lisible pour être appropriée
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-valeurs républicaines
-notion du collectif
-Intérêt général
-appartenance commune à la Nation
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En conclusion , on peut dire que certaines communautés sont des sortes de " villages " à Marseille et sont le point d’appui d’une intégration future.
Il n’y a pas de meilleur lieu d’intégration qu’un quartier qui fonctionne bien autour de ses communautés, car on y trouve une organisation de travail et sans doute une stratégie d’implantation.
Les solidarités locales, ethniques, linguistiques jouent le rôle de ciment et le temps passé sur le territoire d’accueil fait son travail d’intégration.
Les solidarités locales empêchent la dispersion dans l’anonymat urbain et la perte d’identité qui s’ensuit.
La communauté permet d’éviter la déculturation , et c’est important, car on ne peut entrer dans une nouvelle culture que si l’on se sent bien dans la sienne.
Il faut éviter de faire comme dans certains quartiers, où on a cherché à mixer les communautés :souvent les différences s’exaspèrent, des clans se forment et s’opposent .
On se sent d’un pays lorsqu’on y est intégré. Mais souvent on cumule le fait d’être étranger et le fait d’être pauvre, pauvre à tous les points de vue.
Qu ‘est ce qu’un pays pour ceux qui sont rejetés de tous les systèmes ? Ce qu’ils vivent est un " non pays ".
Il existe un lien évident entre dégradation urbaine et abstention électorale :comment peut on placer des médiateurs spécialisés entre les maires des communes et ces quartiers qui représentent pour certains plus de la moitié de la population ?
Comment les pouvoirs publics locaux réussissent-ils à faire fonctionner la démocratie locale ?
Tous les citoyens d’une ville sont-ils citoyens à part entière ?
Trouvent-ils une capacité d’écoute, un accès auprès des élus politiques locaux ?
Quand on commence à poser la question des médiateurs spécialisés, on adhère à l’idée qu’il y aurait des citoyens de première zone qui n’auraient pas besoin de médiateurs pour accéder au pouvoir politique local, et des citoyens de seconde zone pour lesquels il faut un interprète, y compris dans les quartiers où il n’y a pas un étranger et où tout le monde est citoyen français, donc devrait voter aux élections. Plus un quartier est dévalorisé, rejeté, moins les gens qui l’habitent considèrent qu’il y a un enjeu dans la vie politique locale, nationale, régionale, etc.
Avertis, sur les phénomènes sociologiques observés dans chacune des communautés représentées à Marseille, cette étude a pour vocation de travailler et de concevoir des méthodes de travail social, pour les professionnels confrontés chaque jour à l'approche collective des territoires disqualifiés dans lesquels ils exercent. Les chefs de projet DSU les agents de développement DSU, les animateurs socioculturels, les médiateurs sociaux, les éducateurs de rues, par lesquels les dispositifs d'Etat de lutte contre les exclusions sont mis en place, s'interrogent sur leur pratique, souvent remise en question par la communauté entière; en ce qui concerne la production de résultats dans le domaine de l'intégration des communautés immigrées; le taux de réussite scolaire; le taux de réussite universitaire, et le constat de repli identitaire malgré tous les dispositifs développés.
La question est politique La méthode est en construction. Les professionnels doivent s'en emparer. Travailler ensemble sur l'approche des populations, et mutualiser la connaissance des publics avant même d'intervenir.
Les organismes de formation ont leur rôle à jouer dans cette prise de conscience.
La formation peut tout à fait être pensée en adéquation avec la tâche à remplir sur le territoire plus tard.
L'Europe est en construction.
L'Europe sociale est une condition de la paix sociale sur les territoires occidentaux.
L'immigration est un enjeu de peuplement, il faut que l'enjeu de l'intégration harmonieuse, fasse greffe avant d'assister à une Europe sécuritaire, qui se défendrait de ses immigrés, plutôt que d'apprendre à les connaître; donc les reconnaître.;leur donner un statut valorisant dans la société européenne.
C'est notre responsabilité de travailleur social Européen.
Patricia ZUCCA
Responsable de formation
Collège Coopératif Provence Alpes Méditerranée
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