Le Théâtre ATHENA NIKE un théâtre de plein air propice au partage des valeurs du Bassin Méditerranéen
-1- Nécessaire dynamisation du lien social
Parler du territoire, c’est parler d’amour.
C’est avoir rendez-vous avec le passé enfoui et le futur lointain. C’est parler de sa destinée individuelle et de celle de l’humanité.
On ne peut le faire sans émotion et sans timidité. Emotion de toucher aux empreintes laissées par l’enchevêtrement des passions, des volontés et des obstinations, sédimentées sur des siècles. Timidité de devoir tracer des perspectives d’avenir dans une période où tant d’incertitudes pèsent sur le long terme.
Mais il faut le faire par devoir de fidélité et d’audace. Fidélité à l’égard de tous ceux anonymes ou célèbres, qui ont, au fil des siècles, façonné un espace pour y vivre.
Audace car il faut affirmer la force des êtres face au poids des choses, se vouloir bâtisseur du monde de demain et non simple acteur passif et consentant d’une histoire aveugle ou écrite pard’autres.
Pierre CALAME
« Un territoire pour l’homme » Ed. de l’Aube
-2- Une microsociété à risque
La population des quartiers qui avoisinent le théâtre Athéna et le technopôle est désormais constituée, schématiquement, de trois groupes sociaux : celui des habitants originaires des anciens noyaux villageois, celui des habitants souvent issus de l’immigration récente, logés dans les cités H.L.M., celui des techniciens et cadres du technopôle.
La mise en harmonie de ces trois groupes aux modes de vie différents ne se fera pas d’elle même. Leurs intérêts économiques ne sont pas forcément perçus comme convergents, leurs préférences culturelles ne coïncident pas.
Ils constituent une microsociété à risque d’enfermement sur soi ou de conflits.
Le projet artistique Athéna-Niké va jouer un rôle fédérateur : valorisation d’un domaine familier aux plus anciens habitants, valorisation de leur nouveau territoire et de leurs origines (à travers les artistes étrangers) pour les habitants des cités, valorisation de leur espace de travail pour les entrepreneurs du technopôle, occasion de rencontres et de fête pour tous.
Dans ce contexte l’équipe du Centre Socio-Culturel a écrit et mis en œuvre un projet social global sur le territoire de son intervention sociale.
Dans ce projet social global il est apparu qu’une place privilégiée devait être faite au projet culturel global territorial.
Le théâtre « Athéna Niké », théâtre de plein air bâti en 1908 sur le territoire du 13ème arrdt de Marseille venait symboliquement accompagner ce projet culturel de revalorisation et de redynamisation du site, des habitants, du « lien » social entre ces habitants dont l’unique point commun est le territoire de résidence.
Une question s’est posée alors, à l’écriture des priorités du projet culturel ATHENA, comment le territoire de résidence, allait pouvoir se transformer en territoire d’appartenance pour des populations dont les identités sont multiples, les appartenances ethniques, socioculturelles différentes et le rapport à la culture souvent très unique et rarement partagé.
Ces constats nous les avons posés après trois ans d’étude des besoins, trois ans d’observation des populations concernées et nous avons noté que le cloisonnement social déjà remarqué pouvait aller croissant si nous n’intervenions pas sur le territoire par la mise en place d’un vrai « projet culturel partagé ».
Dans un contexte de crise économique (1980 à nos jours) toujours par enrayée, le lien social se délite puisque les anciens réseaux de sociabilité primaire disparaissent progressivement :
plus de regroupements au travail par l’action syndicale, plus de regroupements en famille, recrudescence de familles monoparentales, plus de regroupements cultuels ou culturels, sinon que des replis identitaires précurseurs d’intolérance d’un groupe social sur un autre, et de xénophobie exprimée à travers les votes dans les bureaux de vote de proximité.
A travers le « temps libéré » des salariés à 35 h, à temps partiels, à mi-temps, à travers le temps libéré des « intérimaires », à travers le temps libéré des contrats précaires, à travers le temps libéré des étudiants, celui des retraités, celui des chômeurs, et des rmistes n’y avait-il pas un espace temps à réinventer, à utiliser de manière communautaire pour redéfinir nos relations « humaines », pour renouer le lien social si souvent oublié et pour penser un « projet culturel partagé » comme moyen de se sauver de l’individualisme galopant ?
Une deuxième question s’est posée alors.
Un centre socioculturel est-il légitimé par les populations pour porter un projet culturel de territoire ?
Ou bien ne s’agit-il pas d’obtenir la légitimité du partage du projet en partageant les systèmes de valeurs des populations concernées ?
-3- Le partage d’un projet culturel
C’est donc dans ces questionnements de chercheurs de terrain, que nous avons envisagé de travailler sur la mémoire culturelle locale et sur ce que le projet culturel pouvait résoudre comme questions de rapport des individus à la démocratie par leur participation active, du rapport des individus à leur citoyenneté, par l’expression de systèmes de valeurs confrontés, réfléchis, analysés et partagés et du rapport de l’individu à sa dignité par la redéfinition de ses droits mais aussi ses devoirs d’homme en interpellant deux groupes sociaux : ceux des masses privilégiées et moyennes résidents sur ce territoire par rapport à la classe « exclue » socialement, culturellement et si souvent disqualifiée à ses propres yeux et aux yeux du monde qui l’entoure.
La culture est un moyen pour nous de requestionner nos valeurs.
Avons-nous envie de les partager, de les échanger, de les modifier ?
Le projet culturel partagé, la démarche artistique permettront aux publics de prendre une distance par rapport à leur système de valeur habituel, le confronter à celui des autres et en retirer « l’essentiel » souvent commun à tous les hommes.
Patricia ZUCCA
Responsable de formation
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