
Mme Royal distingue la "bonne Europe,utopique, et la mauvaise, apparue réelle"
LE MONDE | 29.05.06 | 13h00 • Mis à jour le 29.05.06 | 13h00
LORGUES (Var) ENVOYÉE SPÉCIALE
En campagne dans les fédérations du PS, Ségolène Royal s'est arrêtée, samedi 27 mai, à Lorgues, une petite commune varoise qui organisait sa traditionnelle "Fête de la rose". Dans ce département, où le non à la Constitution européenne, un an auparavant, l'avait emporté à une écrasante majorité, la candidate à l'investiture du PS pour l'élection présidentielle de 2007 a pour la première fois abordé ce sujet "un peu austère" devant des militants.
"Je n'ignore pas le score du non ici", a-t-elle commencé, ni celui au niveau national qui a entraîné dans le même sens "plus de 67 % des électeurs de gauche." Partisane "vigoureuse" du oui, comme elle l'a rappelé - la présidente PS de la région Poitou-Charentes avait été la seule en 2005 à affronter sur un plateau de télévision un socialiste du non, le sénateur de l'Essonne, Jean-Luc Mélenchon - Mme Royal estime que "la relation des Français avec l'Europe ne va pas de soi" et qu'elle est "contradictoire".
Ils ont "un attachement profond à l'Etat, un Etat homogène qui garantit des mêmes droits, a-t-elle expliqué. Or, l'Europe est un espace où les frontières bougent sans que les Français soient consultés." Le "malaise social", selon elle, a amplifié le rejet du traité constitutionnel. "Il y a la bonne Europe qui a des valeurs, qui rend fort collectivement et la mauvaise Europe qui n'a pas su protéger, a-t-elle poursuivi. La bonne Europe est parue utopique, ou déjà réalisée, avec la paix. La mauvaise Europe, elle, est apparue bien réelle."
Aujourd'hui, Mme Royal estime qu'il n'est plus nécessaire de remettre la Constitution au centre des priorités, mais de prendre du temps : "Quand le chômage de masse aura reculé, nous construirons l'Europe sur l'environnement, la recherche, la rénovation... Ensuite, nous expliquerons qu'il faut peut-être des règles communes. Petit à petit, cette Constitution, au lieu d'être assénée par le haut, va remonter des citoyens. Il faut que l'Europe réelle rejoigne l'Europe de l'utopie".
FABLE DE LA FONTAINE
Bien accueillie dans une fédération qui avait poussé la délicatesse jusqu'à disposer sur les bouteilles de vin du repas de midi des étiquettes "Cuvée Ségolène", elle s'est affichée comme la candidate de la réconciliation du oui et du non. Un rôle qu'elle compte bien disputer à ses concurrents, comme Dominique Strauss-Kahn, militant du oui, ou Laurent Fabius, figure du non.
Entourée du maire de Lorgues, Barthélémy Mariani, et du premier secrétaire de la fédération, Robert Alfonsi, qui ne cachent plus leur préférence pour Mme Royal, mais aussi des premiers secrétaires des départements voisins, Eugène Caselli, pour les Bouches-du-Rhône, et Patrick Allemand, des Alpes-Maritimes, Mme Royal a lancé un appel au "rassemblement" des socialistes et de "tous les candidats potentiels" autour du projet du PS. Elle s'en est pris vivement au gouvernement. "En 2007, qu'ils s'en aillent, ils ont fait assez de dégâts, ils ont presque tout raté, même les complots entre eux", a-t-elle lancé avant de défendre la "République du respect". "La question morale devient une question politique", a-t-elle souligné.
Mme Royal a alors cité la fable de LaFontaine, Les animaux malades de la peste, entraînant une partie de la salle, où avaient pris place quelque 600 personnes, à réciter avec elle : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."
Isabelle Mandraud
Article paru dans l'édition du 30.05.06
Ségolène Royal défend "la République du respect"
LORGUES (AFP) - Ségolène Royal, favorite des sondages pour la désignation du candidat PS à l'Elysée en 2007, a souhaité samedi que le projet socialiste pour la prochaine présidentielle s'attache à construire la "République du respect" qui "donne à chacun les moyens de vivre une vie digne".
Evoquant l'amnistie présidentielle dont a bénéficié l'ancien ministre Guy Drut, la présidente de la région Poitou-Charentes a justement estimé qu'il s'agissait d'"un manque de respect des Français".
"Cette affaire me rappelle la fable de La Fontaine +les animaux malades de la peste+: selon que vous serez puissant ou misérable la justice de cour vous fera blanc ou noir", a ajouté Ségolène Royal, demandant que "les règles s'appliquent à tous, les grands comme les petits".
"L'amnistie n'a pas été faite pour des convenances personnelles ou politiques, l'amnistie a été faite pour des situations de détresse (...) cette façon de faire sape les fondements de l'autorité de l'Etat", a-t-elle jugé, avant de se livrer à un discours de stratégie politique pour "celui ou celle qui portera les couleurs du Parti Socialiste aux prochaines élections présidentielles" devant un millier de personnes, réunies à Lorgues (Var) pour la Fête de la Rose de la Fédération varoise du PS.
Le projet socialiste, qui sera présenté le 6 juin aux militants socialistes, doit s’attacher à construire "la France du respect", a-t-elle insisté expliquant que "le respect, dans les cités, au travail, le respect des différences, est le fondement du lien social".
"Le respect était une question de morale, il est aujourd’hui une question politique", a-t-elle ajouté.
Stigmatisant la "droite qui a tous les pouvoirs et qui a tout raté, même les complots contre elle-même", Mme Royal a décrit la "colère qui monte contre une société de précarité, et de peur pour l’avenir".
Ségolène Royal a également plaidé pour le rassemblement de tous les socialistes en s'appuyant sur une phrase de l'ancien président socialiste François Mitterrand qui, au lendemain de l'échec de la gauche aux législatives de 1993, avait émis le voeu que les "socialistes se relèvent, qu’ils se rassemblent pour reconstituer un noyau cohérent, vigoureux, sans querelle".
En déplacement dans le Var, la présidente de Poitou-Charentes a dénoncé l'amnistie de Guy Drut qui «sape les fondements de la République juste».
ASSISE au premier rang, Ségolène Royal tourne la tête pour écouter les questions de la salle. Attentive, elle suit les réponses des intervenants. Caméras de télévision et photographes l'entourent. Dans cette salle de l'espace François-Mitterrand de Lorgues, le débat porte sur «les banlieues», sept mois après les émeutes de l'automne. Arrivée quelques minutes avant la fin des travaux, la plus populaire des prétendants socialistes à la présidentielle n'aura pas suivi grand-chose des discussions.
Venus voir «Ségolène»
De toute façon, les 700 sympathisants socialistes venus ce samedi à la Fête de la rose de la fédération du Var ne sont pas venus non plus pour les débats. Ils sont là pour voir «Ségolène». «Ceux qui disent qu'elle n'ira pas au bout devraient sortir un peu plus», commente un militant. Dehors, c'est la ferveur : bises, sourires, poignées de main, autographes... Pour le banquet du déjeuner, les étiquettes des bouteilles de vin ont été remplacées par d'autres : «Cuvée Ségolène».
Pour les responsables locaux, les jeux sont presque faits. «Elle est en phase avec le pays», assène Robert Alfonsi, le patron du Var. Si ce n'est pas elle, il choisira le premier secrétaire François Hollande, son «candidat de coeur». Il regrette aussi les «mesquineries» et les «petites humeurs» des autres prétendants. Pour Eugène Caselli, le premier fédéral des Bouches-du-Rhône, «Ségolène incarne quelque chose». Les autres candidats «ne pourront pas la rattraper».
«Si on la fait tomber, on n'aura pas de solution de rechange», explique l'ancien député Robert Gaïa. Les électeurs socialistes «en voudront» à leur parti. «Le plus grave pour nous serait de mécontenter ou frustrer cet électorat», assure le maire de Lorgues Barthélemy Mariani.
Pour séduire, Royal use de références simples : pour parler de morale politique, elle cite les Fables de La Fontaine, pour le sens du «collectif», le footballeur Zinédine Zidane.
«Un appel au rassemblement»
Samedi, le message politique de la candidate tient en un mot-clé : le «respect». Respect des principes démocratiques, respect entre les générations, respect dans le travail, dans les cités... Elle est sévère pour Jacques Chirac, qui a amnistié Guy Drut : «cette amnistie sape les fondements de l'autorité juste». Au nom du même principe, elle prévient ses adversaires socialistes : «Comment les socialistes pourraient-ils créer la République du respect s'ils ne donnent pas l'exemple ?»
Pourra-t-elle pardonner, si elle est désignée, à ceux qui l'ont attaquée ? Interrogée après son intervention, Ségolène Royal répond, après quelques instants d'hésitation : «J'aurai besoin de tout le monde, c'est pourquoi il ne faut pas utiliser des mots qui amènent à un point de non-retour».
Royal veut apparaître comme la candidate qui réunit la gauche : «Je lance un appel au rassemblement à tous les socialistes et à tous les candidats potentiels autour du projet du PS.» Elle montre l'exemple en reprenant à son compte toutes les propositions du PS en matière institutionnelle. Le projet du PS est un «socle» commun, dit-elle.
En conclusion de son intervention, Royal choisit d'évoquer le référendum du 29 mai. Là encore, elle prêche la réconciliation. Pour elle, la «mauvaise Europe», celle qui «fragilise», est apparue «comme bien réelle», nourrissant le non, alors que la «bonne Europe», qui a «des valeurs», semblait rester «comme utopique». «Il faut que l'Europe réelle rejoigne celle de l'utopie».
A la sortie, Ségolène Royal n'a rien perdu de ses soutiens, au contraire. L'un d'eux commente cependant : «Maintenant, il faut donner du contenu. Le respect c'est bien, mais si on est élu, on ne tient pas un an seulement avec ça.»
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